Blog

Point de vue

La cheffe Alice Delcourt : "Quand on est passioné, ça vaut toujours la peine !"

par FDL le

Share
Facebook Twitter ShareAddThis
La cheffe Alice Delcourt : "Quand on est passioné, ça vaut toujours la peine !"

Originaire d’Angoulême de par son père et anglaise de par sa mère, la cheffe Alice Delcourt est devenue chef sur le tard après avoir étudié tout autre chose. C’est en regardant cuisiner sa grand-mère qu’elle tombera dans la cusine. Aujourd’hui chef du restaurant Erba Brusca à Milan où elle œuvre avec son compagnon Danilo Ingannamorte  .

FineDinglovers l’a rencontrée sur l’Exposition universelle lors de son repas à quatre mains dans l'espace Identità Golosa de S.Pellegrino, avec Cristina Bowerman, une autre chef italienne étoilée. Paroles de femme.

 

Avant de vous dédier à la cuisine, vous avez étudié et travaillé dans des secteurs bien différents. Comment en êtes-vous arrivée là ?
J’ai en effet étudié les Sciences Politiques aux Etats-Unis où j’ai grandi. Ensuite, je suis partie en Erasmus à Florence, où je suis restée vivre après m’être diplomée. Je ne savais pas trop quoi faire dans la vie, mais je savais que je voulais rester en Italie. J’ai fait de tout pour y arriver. De l’organisatrice d’événements à la guide de trekking. La cuisine m’a toujours intéressée, mais j’ai compris que cuisiner me plaisait à titre professionnel en travaillant sur un bateau à voile. Au début, c’était étrange. Quand tu commences des itinéraires aussi éloignés que ce pour quoi tu as étudié, ça te semble impossible d’y arriver.

De retour des Etats-Unis, comment conciliez-vous vos propres exigences aux nouvelles exigences et tendances en matière de santé ?
Je pense que les choses se sont empirées depuis que la nourriture est à la mode. Les femmes doivent être toujours plus maigres, belles et soignées tout en montrant qu’elles mangent toujours. En fait, moins il y a d’ingrédients, mieux c’est. Pour moi, il est important que les légumes ne soient pas seulement des accompagnements. Moi je mange de tout, même de la viande mais je regrette que des petit-pois servis avec des boulettes soient considérés comme des légumes.

Vous travaillez avec votre compagnon, Danilo Ingannamorte qui lui est en salle et s’occupe des aspects liés à l’organisation et à la gestion. Cela rend-il les choses plus faciles ou plus compliquées ?
Danilo avait déjà ouvert Erba Brusca quand je suis arrivée en cuisine. C'est donc comme ça que notre relation est née, et c’est tant mieux. Je lui fais toujours goûter mes nouveaux plats. Comme il est sommelier, il me donne son avis sur l’indispensable équilibre des saveurs. Et puis moi, je n’ai pas un palais italien et il existe des différences culturelles en matière de goût entre moi et les clients. Il m’encourage quand je rate un plat et m’aide à ne pas perdre mon calme et à prendre patience. Fondamentalement, je peux dire que j’ai beaucoup de chance parce qu'il est justement très patient !

Mais l’envie de cuisiner demeure ?
A la maison, Danilo cuisine très bien. Moi, je ne cuisine jamais. Peut-être parce que j’ai une cuisine inexistente, il n’y a rien dedans. Avant la naissance des enfants, il n’y avait même pas de couverts ! Du pain, du beurre, des anchois et de la bière, c’est ça notre dinner of champions. Qui sait si un jour quelqu’un m’offrira une superbe cuisine !

Diriez-vous que nous sommes enfin arrivés à la parité en cuisine ?
Etre une femme rend difficile le management en cuisine. Je me remets toujours en question et suis toujours en train de m’excuser, même quand je ne devrais pas. Une chose typiquement féminine selon moi. J’apprends encore à m’imposer et à être ferme. Au début, je voulais être l’amie de toute la brigade, mais j’ai compris que ce n’était pas possible. Il faut savoir poser la limite.

Vous avez des jumeaux de 15 mois. Comment faites-vous pour concilier les exigences du travail et de la famille ?
Nous avons loué un studio juste à côté du restaurant et qui sert de nursery. Je me suis pris cinq mois de maternité mais je n’ai pas aimé ; le travai me manquait. Je dirais même que ça semblait être un rêve à côté de la fatigue due à l’absence de sommeil et de porter deux enfants. Quoiqu’il en soit, c’est difficile. Pas seulement parce que je fais un travail avec des horaires terribles, mais je ne me demande pas si ça vaut la peine ou pas. Quand on est passioné, ça en vaut toujours la peine !

Tags