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Crédit : Jean-Marc Lhomer

Cuisiner la vigne, avec Jérôme Schilling

Y a-t-il une partie de la vigne que vous aimeriez encore approfondir en cuisine ?
Le pied de vigne lui-même. C’est un bois très dur, noueux, difficile à travailler autrement qu’en fumage. J’ai essayé d’en extraire les arômes différemment, sans être encore satisfait. Je continue de chercher. Je trouve dommage de simplement le brûler ; j’aimerais lui donner davantage de noblesse.

Vous allez jusqu’à interpréter les millésimes en cuisine, sans utiliser de vin. Comment cela fonctionne-t-il ?
Au domaine, un artiste a réalisé des tableaux à partir des descriptifs sensoriels de chaque millésime depuis le début des années 1900. J’en choisis un - par exemple avec des notes de pamplemousse, de gras, de fumé - et je retranscris ces sensations dans un plat, sans ajouter de vin.

On travaille aussi des desserts autour de vieux millésimes, pour aller chercher davantage de complexité. Dans un vin, il n’y a pas que du liquide : il y a de la mâche, de la texture. C’est cela que j’essaie de traduire.

Comment dialoguez-vous avec les vignerons du domaine ?
Je vois presque chaque semaine le chef de culture, Yannick Laporte, dont la famille est ici depuis 80 ans. Il connaît chaque parcelle, chaque histoire du château. L’entendre raconter la vigne de vive voix est beaucoup plus fort que de le lire.

Le maître de chai, Simon Deleporte, a une approche très technique de la fermentation et de l’élevage. Comprendre ces processus m’aide à affiner ma cuisine. Comme en vinification, tout repose sur la rigueur et la précision.

Quels sont, selon vous, les points communs entre l’élaboration d’un vin et celle d’un plat ?
La rigueur, d’abord. Il faut connaître les bases et les complexités pour pouvoir créer. Et puis il y a ce défi permanent : faire mieux que l’année précédente. Les vignerons s’adaptent au climat, aux réactions de la vigne. Nous faisons la même chose en cuisine. Nous sommes tributaires de la nature et des producteurs. Notre rôle est d’embellir un produit.

Le réchauffement climatique vous inquiète-t-il pour l’avenir des vignes et de votre cuisine ?
On sent que les saisons sont moins franches qu’avant. Certains produits arrivent plus tôt, ou plus tard. J’ai dû adapter mes cartes, parfois les modifier en cours de saison.

La vigne a une capacité d’adaptation, notamment face à la sécheresse, grâce à ses racines profondes qui vont puiser l’eau toujours plus loin. Mais à Sauternes, l’enjeu majeur reste le brouillard du Ciron, qui favorise le botrytis. Si ce phénomène diminue, la production de Sauternes deviendra plus complexe. Forcément, cela aura un impact sur tout l’écosystème.

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